Cercle de lecture du 14 avril 2020 partie1.pdf


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    Cercle de lecture du 14 avril 2020

    Papa de Régis Jauffret
    J'ai beaucoup aimé ce livre ,écrit à partir de l' élan vers
    un père qui n'a pas su, ou pas pu être un papa.

    L'impulsion est donnée par un documentaire sur le régime de Vichy. L'auteur y reconnaît
    formellement son père , emmené dans une voiture devant l'immeuble dans lequel il a passé son
    enfance. Aucune allusion n'a jamais été faite à cet épisode dans la famille. Résistant ? Collabo ?
    Autour de cette question, sorte de trou noir, de matière sombre, viennent s'agréger toutes les
    autres, celles qui n'ont pas été posées.Le père a été un homme silencieux, très frustrant pour son
    fils unique au cours de l'enfance et de l'adolescence de celui-ci. Une fois adulte et écrivain
    reconnu, les échanges ne se sont guère enrichis. L'homme de soixante ans passés peut enfin
    affronter l’histoire de ce père, sa souffrance et ses énigmes.
    Fils d'une famille de la bourgeoisie marseillaise aisée, le père aurait pu faire de'' bonnes études ''
    comme ses frères, sans la surdité qui l'affecte à la suite d'une méningite . Il y a tout au long du
    roman la présence de ce destin qui ne s'est pas accompli et aurait changé la vie de l'auteur
    enfant.La surdité est décrite avec un réalisme qui ouvre sur la grandeur et les limites de la
    médecine des années cinquante et soixante, sur le rapport au handicap de la société de l'époque
    . Le roman, comme les livres d'Annie Ernaux, a une portée sociologique .
    Mais cette surdité est aussi l'image de l'impossible échange entre père et fils.
    Ces passages très réalistes alternent en effet avec des lignes chargées d'émotion dans
    lesquelles se fait entendre l'impossible renoncement au ''papa''. Les journées de partage et
    d'amour existent, puisqu'elles ont été rêvées, désirées et que la littérature permet de les faire
    advenir. J'ai été sensible au lyrisme très maîtrisé de ces évocations de ce qui aurait pu être.
    Un livre très juste , à mon avis, un de ceux qui montrent qu'un livre intime, loin d'être toujours
    synonyme de confession complaisante, peut au contraire renouveler et enrichir des questions que
    chacun se pose .

    Roselyne Enfroy